« Handicapée est la femme »

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☆HANDICAPÉE EST LA FEMME.

Cet article fait suite à un post instagram publié le 22 mars 2020 intitulé « Ce rêve bleu ».

Ne croyez pas que mes mots sont jetés là à la légère. Je ne couche jamais mes pensées sur le papier sans réflexion préalable poussée. Elles tourbillonnent encore et encore, dans un laps de temps parfois court, mais elles s’agitent dans une conversation avec moi-même, où chaque paramètre est analysé.

Avant 7 ans, je chantais fermement au grand plaisir de mon père « sans contrefaçon je suis un garçon ». À 15 ans, outragée par les injustices, je cherchais des réponses sans qu’elles ne m’apparaissent car « courbe le dos, ça passera » me répétait-on. À 21, je cherchais les réponses dans la psychologie mais « vous êtes trop intelligente, vous n’avez pas besoin de moi ». À 27, j’étais en plein burn out professionnel épuisée d’avoir donné autant aux autres, jusqu’à en faire un métier. À 30 ans tout juste, je refusais une énième fois la violence familiale inculquée, celle de mon conjoint, celle de ma famille, celle des proches soit-disant bien-pensant qui jugeaient à tour de bras et me tailler en pièce auprès des autres. A 32 ans, je creusais en moi-même pour comprendre ma relation à l’autre, acceptant de ne pas être comprise.

Comment est-ce possible d’accepter autant de violences? Est-ce une fatalité comme s’évertue à le proclamer certaines personnes autour de moi ? Comment est-ce possible d’être repéré comme une ratée, qualifiée de folle, une salope (quand les autres sont à cours de mots, ils manquent de vocabulaire adapté) et de divergente alors qu’on croit avoir les cartes en main pour débuter une vie sympathique?

Soit-dit en passant, le terme de « divergente », je l’adore.

Il m’a donc beaucoup fait rire le jour où on me l’a jeté à la face comme l’insulte suprême.

« Je ne croyais pas être un animal en extinction. Finalement, peut-être à ce jour. »

J’ai cherché cette réponse longtemps avant de comprendre que j’avais plusieurs facteurs handicapant malgré que je ne sois pas de couleurs, né dans l’hexagone, issus d’une famille cultivée.

Nos cellules portent l’histoire de la famille et du monde.

Premièrement, je suis née, comme beaucoup d’autres, au cœur de deux familles pleines de contradictions, de vécus sordides, qui en ont fait des secrets de famille, bien gardés jusqu’à développer des pathologies physiques et psychologiques puissantes. Et, comme beaucoup d’autres, la négation de tout ceci a cours toujours aujourd’hui. Chanceuse, je suis une enquêtrice hors pair, et mes ancêtres sont de bons guides. La curiosité et ma capacité d’écoute, ma droiture sont des piliers face à ces énigmes à résoudre pour alléger les générations en devenir.

Deuxièmement, nous portons tous en nous les épreuves des générations passées: guerre, famine, peurs, etc. Elles sont gravées dans nos cellules. La science le dit enfin ! Elles nous apportent des particularités très spécifiques dans notre gestion quotidienne, ainsi que nos relations à nous-même et aux autres.

Troisièmement, je suis le fruit de siècles d’esclavage de la femme. OUI, j’ai bien dis ça! ESCLAVAGE. Pourquoi ce mot si fort de sens? Car nous nous voilons toujours la face aujourd’hui. Parce que la femme n’a aucunement besoin d’être l’égale de l’homme. Parce que chacune et chacun continuent de véhiculer, dans ses paroles quotidiennes, dans ses schémas pré-conçus, des idées de dominations qu’il subit lui-même jusqu’à l’auto-sabotement, et son incompréhension la plus totale. Parce qu’en réponse à nos egos, chacun se sent l’obligation d’apporter une réponse concrète à tout problème de son prochain, oubliant souvent que l’écoute active peut passer par le regard, le silence, un geste de présence.

Il y a eu bien des avancées depuis l’avènement de la pensée judéo-chrétienne et, la mise sous coupe des femmes. Il y a eu bien des combats, visibles ou cachés. Il y a eu bien des erreurs de faites qu’on soit un homme ou une femme. Les femmes aussi se sont fourvoyées et continuent pour partie à le faire. Comment se fait-il qu’on en soit encore à se masculiniser pour ne pas avoir peur de sortir le soir ? Comment se fait-il que nos conjoints listent les tâches quotidiennes accomplies par eux en une journée avec succès quand nous tenons encore la barre à plus de 70% du quotidien ? Pourquoi nous font-ils des listes de travaux réalisés détaillés ? Ont-ils peur qu’on les juge eux-aussi, comme nous sommes jugées d’être une bonne mère/une bonne travailleuse/une bonne ménagère/un bon coup au lit, et de préférence tout à la fois ?

Comment se fait-il que les administrations s’évertuent à mettre Monsieur avant Madame dès lors qu’on s’installe dans le même foyer, et que Madame/Mademoiselle était repérée par leurs services, mais pas Monsieur ?

Comment se fait-il que lorsque tu tapes « femme puissante » ou « puissance de la femme » dans un moteur de recherche, ce qui apparaît sont des images de femmes d’affaires? Le reste des femmes ne vit pas dans sa puissance alors?

Comment se fait-il qu’on continue la propagande « vilaine maman castratrice » au sein de la justice française dans le cadre des gardes d’enfants ? Evidemment une propagande anti-papa se joue également, histoire d’équilibrer la balance du ressentiment.

Comment des mouvements masculinistes, se réclamant de la défense des droits des hommes par opposition à ceux des femmes, peuvent-ils exister prônant la place de la femme à la maison au mieux ? Ce type de mouvement serait arrivé en France vers 2013. Il serait né au Québec et, répondrait à une demande des hommes d’accéder à l’égalité, après que les femmes l’aient obtenu.

Comment se fait-il que la femme adopte, par inculcation, des comportements masculins espérant se jouer des conventions et sortir du lot ? Elle se rend compte quelques années plus tard que c’est un loupé dans le meilleur des cas et, qu’elle ne sera jamais acceptée tel un homme puisqu’en effet, elle n’en est absolument pas un !

Comment se fait-il que le mot « obligatoire » est noté sur de nombreux actes médicaux censés être pour les femmes au lieu d’expliquer l’intérêt de ces actes, et de pouvoir choisir sans se planquer ? Ou encore, comment se fait-il que l’apprentissage de la connaissance de nos corps de femme n’existe nulle part ?  Attention, je ne parle pas forcément de l’apprendre à l’école ! La transmission des savoirs passe par bien d’autres biais. Comment se fait-il qu’on continue à tenter de nous faire croire que la femme se fait accoucher ? Non, elle donne naissance, elle accouche, elle fait le boulot, elle sait faire !

La nature vous a donné des poumons pour respirer : à votre naissance, vous saviez naturellement le faire. Vous pouvez avoir perdu cette facilité en vivant au rythme moderne. Mais vous l’aviez !

Il en est absolument de même pour la capacité à procréer. Je vais entendre sans tarder des voix s’élevaient disant « oui mais moi je n’ai pas pu. J’étais bloquée. Je … ceci. Je .. l’allaitement, pas possible. » Oui, certes, comme certains ne savent plus comment respirer normalement, en adoptant les contraintes modernes telles des obligations, certaines femmes ont oublié/bloqué/refusé leur capacité à ceci ou cela. Etant donné que personne ne leur a rappelé qu’elles avaient la capacité de, ou bien qu’elles ont simplement refusé cette approche à un moment où quelqu’un leur en a touché deux mots, elles n’ont pu retrouver ce cheminement vers leur être profond et leurs compétences naturelles. C’est ainsi, qu’on voit également apparaître des pathologies diverses rappelant à la femme que son corps a des choses lui dire. Mais comme l’esprit et le corps sont pour partie dissocier dans la pensée occidentale, nous laissons de côté ces appels à se recentrer, se comprendre, et évoluer jusqu’à atteindre des pathologies plus graves.

Heureusement, toutes les femmes ne restent pas sur ces expériences douloureuses. Car oui ! Un accouchement est un marathon qui se prépare, tout comme l’après qu’on zappe joyeusement en réclamant des apéros pour rencontrer bébé et oublié la fatigue parentale, la création d’une famille nouvelle devant prendre ses marques. Généralement, c’est après ces premières galères, les douleurs lors des rapports sexuels pendant une année jusqu’à une vie, le burn out voir la dépression que se posent de nombreuses questions ; et que certaines passent le cap d’aller chercher les réponses.

Dommage, d’attendre d’avoir vraiment mal quelque part pour se dire « si j’avais su.. si on m’avait dit.. où était ma mère ? ma sœur ? ma cousine ? ».

Et, comment se fait-il qu’au lieu d’entraide, les femmes se chamaillent prônant à tour de bras des valeurs contradictoires à ce qu’elles sont en vérité ?

Si vous avez suivi mon raisonnement, qui ne m’appartient en rien, vous l’aurez compris. A force de générations, et générations, où les règles et normes martelées dans nos cerveaux sont celles d’un monde masculinisé, comment peut-il en être autrement ?

Attention, je ne dis pas « les hommes ont fait du mal aux femmes », « les hommes ont contraint la femme », « les hommes sont les vilains ». Je parle bien de monde masculinisé. C’est-à-dire d’un monde avec des valeurs plus masculines que féminines. Un monde linéaire où chacun doit toujours être en forme, sans fluctuations, sans prise en compte du temps qu’il fait dans nos cœurs et dehors. Un monde qui a ouvert grand les bras à une société de compétition et de profits. Un monde qui ne reflète pas les réalités physiologiques de l’humain, et notamment de la femme.

Les hommes sont eux-mêmes pris dans ce piège, créé pas à pas au cours des siècles. Eux-mêmes portent sur leurs épaules, parfois instables, un soit-disant pouvoir qui les écrase : celui de l’homme, le vrai ! L’homme costaud, l’homme pilier, l’homme protecteur, l’homme bosseur, l’homme qui doit couper le cordon des enfants avec leur mère, l’homme qui ramène la pitance, etc. Et, combien d’hommes souffrent grandement de tout cela. Combien de dépressions ? Combien d’hommes qui cachent leurs vrais besoins allant au fil des années à se rendre complètement malade ? Combien de familles éclatent à force du mal-être de l’un ou de l’autre ? Combien d’hommes se sentent lésé dans leur rôle de père, croyant ne pas avoir leur place et ne sachant comment la prendre ? Faut-il tenir un biberon pour être père ? Ou apprendre absolument à son enfant à faire du vélo ?

Les joies de la vie, de la paternité ne sont pas dans des actes de pouvoir, mais bien dans une acceptation de ce qu’on est, ainsi qu’un apprentissage de sa posture masculine sans ego, sans compétition, sans rapport de force. Être un homme n’est pas être fort et puissant.

Voilà, les nombreux pièges qui font que je ne suis qu’un exemple parmi bien d’autres des galères d’être une femme, ou un homme dans notre société actuelle.

J’ai intitulé ce billet « Handicapée est la femme » est pourtant il n’en est rien.

Les hommes et femmes de ce monde actuel ont des capacités et compétences insoupçonnées pour le transformer. Leur force réside en la résilience, l’adaptation, une lecture du monde, un regard acéré. Ils ne leur manquent que la force de croire en eux.

Ma force personnelle est de voir. Voir en l’autre. Je l’ai découvert petite. Je m’en suis rendue compte après mes 26 ans. Je vois les potentiels de chacun. Je vois le beau en l’autre. Je vois toutes les options qui s’offrent à chacun. Je vois aussi les blocages.

Où que j’aille, je dérange. Sans le vouloir, et au départ sans le savoir, je suis l’électron libre qui capte des ondes radios que personne ne souhaite voir ou entendre. Il faut parfois peu pour se transformer. Parfois, il ne manque qu’une étape pour voir le meilleur fleurir dans sa vie. Néanmoins, par peur souvent, beaucoup préfère ne rien voir. Chacun a besoin de temps. Alors j’ai appris à me taire. Toutefois, je continue à transpirer ce que je suis. Je continue donc à déranger, sans m’en rendre compte, jusqu’à ce que la crise éclate. Pour les gens que je croise, je vois cette crise se préparer des mois avant. Pour la société, aussi. Pour les plus proches, ceux en qui j’ai confiance en leur potentiel, il m’arrive toujours de louper le coche. Ce n’est rien, c’est la vie. Chacun ses particularités, son cheminement, sa voie, son temps.

En ces jours assez funestes, je vois beaucoup de possibles. Je vois le meilleur et le pire. Cela me fatigue grandement. Je crois profondément en notre capacité à tous à innover, grandir, être résiliant, s’ouvrir, avancer ensemble sans jugements incessants et paralysants. Je prône une société d’équilibre où les différences sont une force. Pas à pas, je voyage dans ce temps m’accompagnant au mieux, entourant mes proches, acceptant mes ressentis et les forces. Je ne peux pas rester indifférente. Je ne nierais pas les émotions, même si elles ne m’appartiennent pas toutes. Je ne nierais pas les possibles que j’entrevois. Je ne pourrais pas toujours faire silence. Mis bout à bout, tous les domaines de compétences forment une toile magnifique apportant les clefs de la compréhension. Certains le voient. D’autres, non. Ce qui compte n’est pas de vouloir absolument tout comprendre, tout voir, tout saisir, mais plus de faire confiance en une inconnue qui vous dit « ce demain-là est possible. Il suffit d’y croire, et de faire le premier pas vers votre changement ».


Et toi ? Tu crois en quoi ?


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