*J’ai obtenu le droit de tuer*

… Attentats d’ici & d’ailleurs …

 

Non à la peur !

Oui à l’éducation !

Un jour je suis née et j’ai obtenu le droit de tuer.

Je ne l’ai pas compris immédiatement.

J’ai d’abord appris à te faire mal physiquement. Puis le corps m’est vite apparu comme une enveloppe charnelle qui se répare trop rapidement.

J’ai obtenu le droit de te pousser à bout, de t’énerver, de faire de toi une marionnette bien plus obéissante que ce que j’aurais pu espérer.

Doucement, j’ai appris à susciter des sentiments en toi pouvant te pousser à la folie. Un geste, une parole et j’ai fait de toi ce que je souhaitais. Pas toujours exprès. Pas toujours pour faire mal. Au début, du moins. J’ai compris rapidement, trop rapidement. J’étais à bonne école. L’école de la vie. Celle qui ne donne pas son nom, que l’on ne peut contrôler. A défaut de contrôle systématique possible, je m’en suis inspiré. Je m’en suis imprimée. J’ai décalqué. J’ai imité. J’ai appris. Appris à économiser ma salive ou au contraire à te noyer sous le flot de mots, la diarrhée verbale propre à cacher une volonté plus pernicieuse. Toi, pauvre de toi, tu ne savais pas avec quelle facilité, je savais te cerner et de pousser dans tes retranchements. Tu n’avais pas compris. Tu ne comprendrais peut-être jamais. Tu te demandes sûrement encore aujourd’hui quel est le sujet réel. L’école de la vie, te dis-je. Peut-être était-elle au contraire trop douce pour toi.

Avec les années, plus ou moins lentement, j’ai expérimenté consciencieusement ou inconsciemment mon moi profond, mes capacités. Je me suis fait mal, parfois à vouloir en crever. Qu’est-ce que je cherchais ? Aucune idée, ai-je envie de répondre spontanément. Toutefois, toutefois, je sais maintenant ce que je cherchais. Je cherchais mon HUMANITE. Ce mot qui dit que je suis humaine dans chaque fibre de mon être. J’ai obtenu le droit de tuer par mon humanité ? Est-ce une idée si loufoque ? Il ne me semble pas. L’humanité que je recherchais n’a été que le processus, lent processus, d’une recherche de mes limites et de mes capacités, faisant de moi une personne au sens réel du terme. Une personne humaine. Une personne qui tente de dépasser ses contradictions propres et les regards tour à tour suspicieux, encourageants, réprobateurs. Une personne humaine qui tente de ne pas juger ni la personne ni la situation. Une personne humaine qui espère bien comprendre, comprendre, mais pas forcément accepter l’Autre dans sa diversité et sa complexité. J’ai obtenu le droit de tuer au propre mais également au figuré. Ce ne sera que mon choix de mettre fin à une vie, la mienne, celle d’un autre par ma volonté inconsciente ou consciente.

Ah bon ? Vous ne croyez pas qu’il soit possible de tuer inconsciemment ? J’ai un pouvoir que vous avez, si vous avez certaines capacités. Pas toujours nécessaire de savoir tenir une arme, savoir la manipuler, sentir son poids dans ses bras pour pouvoir tuer. Pour ma part, j’ai expérimenté plusieurs années de langue parfois caressante, parfois réconfortante, parfois acérée. Pardon ? Vous n’y croyez pas. C’est que j’ai bien fait mon « travail ». Vous n’y avez vu que du feu. Vous ne connaissez pas le poids des mots ? Pourtant vous avez déjà compris douloureusement le poids d’un ou deux traits de crayon.

Ne serait-il pas largement temps de vous offusquer avant de comprendre le poids d’un trait de crayon ? A vous de voir.

Pour ma part, je n’ai pas attendu cela pour m’intéresser à de nombreux questionnements mis en évidence par des aînés (pas toujours bien vieux), pas forcément révoltés. J’en ai croisé de ces personnes. Parfois elle avait une large moustache blanche taillée à la Hercule Poirot et contait l’histoire de l’Education Populaire comme personne, intéressant jeunes et vieux, paumés ou moins paumés. Parfois, elle était jeunette et portait des questionnements profonds du haut de sa petite taille. Et souvent, bien souvent, haute comme trois pommes, elle mettait en évidence des sujets incroyables suscitant l’étonnement, le rire, l’incompréhension. L’ancien, sage, est écoutée de part sa posture. La jeunette ne comprend rien et a des rêves pleins la tête. Elle n’a aucune expérience. A quoi bon l’écouter ou l’entendre. Enfin, faisons au moins semblant de l’écouter. Ensuite nous quitterons la pièce et l’oublierons allègrement. L’enfant est naïf. Il n’est pas possible de répondre à de telles questions. Il est trop jeune. Et pourtant. Et pourtant. Le sage a gagné à avoir les cheveux blancs pour être écouté. Ecoutons-le. N’oublions pas. La jeunette n’a peut-être pas l’âge qu’on lui soupçonne et en a sûrement vécu plus que vous. La preuve, elle, elle vous écoute et vous a déjà cerné. Elle sait déjà ce qui se cache dans vos yeux fuyants. Et l’enfant a également compris l’importance que vous accordiez à ne pas lui répondre. Il a posé la question. Il a réfléchi et formulé. Il peut donc comprendre bien des choses de votre comportement à vos réponses. Tous ont une révolte cachée dans leur cœur et ne se battront qu’avec une arme : la parole. Ils vont apprendre à la maîtriser. S’ils sont habiles, ils sauront un jour s’ils le souhaitent soulever des foules. Un grain de prestance. Un grain de manipulation. Quelques arguments. Un flot de paroles. Il n’y a pas une grande différence entre  l’utilisation de la parole par ces trois personnages et des politiciens. Certes, il y a une différence. Une question de pouvoirs et de reconnaissance. Mais eux, comme d’autres plus ou moins connues, ont obtenu LE DROIT DE TUER. Avec une arme, avec la parole, avec le crayon.

Où est la différence ? Simplement dans l’implication.

Du pain et des jeux. Solution antique pour occuper notre esprit. Une journée ne fera toujours que vingt-quatre petites heures. Les besoins physiologiques étant ce qu’ils sont, une journée peut rapidement se réduire. Les besoins sociétaux contribuent à occuper une autre grande partie de la journée. Enfin, notre volonté d’être fait le reste. Du pain et des jeux. Puis l’humain reste ce qu’il est. Il apprécie de se noyer sous une couche de complexité. C’est humain. On aime à reproduire consciencieusement et inconsciemment des schémas pré-établis. C’est humain. On aime à s’inventer de quoi occuper notre cerveau, voire à l’encombrer. On est pleins de questionnements plus ou moins intéressants pour soi et les autres. Et puis, on reste masochistes dans nos comportements. On avance par étapes, nos étapes, qui ne ressemblent en rien à celles d’un autre. On avance à un rythme différent, similaire, mais sûrement pas identiques. Alors au milieu de tout ce « moi », comment ne pas oublier qu’on a obtenu un droit de tuer ? Et puis pourquoi devoir s’en préoccuper autant ? Après tout, on est déjà occupé par ces questionnements qu’on dit compliqués, futiles pour les autres, importants pour soi, uniquement ou presque. Rien qu’à y réfléchir, chacun a la tête qui tourne, tourne, et l’esprit vacille. C’est bien complexe tout ceci, me direz-vous ? Ne tient qu’à chacun de simplifier son quotidien. Cette grande question de l’essentiel. Olalaala, retour à la nature aussi ? Et l’âge de pierres, non ? Peut-être pas en effet. Cela ferait un sacré bond en arrière. Après tout, je vous raconte tout ça mais c’est bien vous qui lisait. Et puis, moi je n’étais pas dans la rue le 11 janvier 2015. Vous peut-être. Si c’est le cas, vous avez peut-être compris l’essentiel. Nous, chacun d’entre nous, a obtenu le droit de tuer à sa naissance. Chacun a un pouvoir qu’il utilise ou n’utilise pas. Et chacun sera face à soi lors de son agonie de mortel, qu’un Dieu ou un autre l’attende bien sympathiquement devant la porte de son paradis ou de son enfer. Ne t’inquiète pas si tu as été pieux et droit, aucuns soucis. Ne t’inquiète pas toi non plus, si tu as payé tu entreras toi-aussi. A moins que tu souhaites te faire rosir les fesses au pays des diablotins. Il paraît que là-bas tu trouveras la luxure. Qui n’aime pas ça, la luxure ? Réfléchis bien car autant tu t’éclateras au pays de la sodomie. Ah bon c’est pas bon la sodomie ? Laisse tomber tu n’y connais rien ou tu n’as pas su faire. Ça arrive que veux-tu. Personne ne t’a dit d’y aller comme un barbare aussi. Enfin, c’est un autre sujet. Un peu trop douloureux ou osé. C’est vrai qu’au pays du pain et des jeux, il vaut mieux continuer à regarder Petit Poney avec les geeks de 22 ans ou lobotomiser nos enfants devant les télétubbies. Ne vous a-t-on donc pas prévenu ? Ce programme n’est pas pour les enfants. Il a été étudié pour les personnes ayant des troubles mentaux. Etonnés ? Si moi je le sais, vous pouviez trouver également cette information. Je l’ai dit plus haut. C’est une question d’IMPLICATION. Du pain et des jeux, et le tour est joué.

Par contre, si vous préférez continuer dans la voie de départ, n’hésitez pas. Néo ne viendra pas vous chercher par contre. C’est juste une fiction. Le seul évènement qui vous touchera sera la mort dans vos rues en janvier 2015. C’est juste celle-là qui vous fera lever de vos sièges, descendre dans la rue. Non, je ne vous traiterai pas de moutons. C’est légitime ce comportement de solidarité. Légitime et très intéressant. C’est bien le reflet de la société. Et encore, j’ai pu entendre et lire « et après ? » Un bon point de départ en effet.

Toutefois, je me demande. Avez-vous été assez choqué ? A moins que vous en revouliez ? Ah bon, je vous choque. Bien ça changera de vous qui débitait un flot d’inepties sans vous en rendre compte dans votre quotidien. Vous souhaitiez que je vous le dise ? Cela n’est pas nécessaire. J’ai OBTENU LE DROIT DE TUER. J’ai donc obtenu le droit de vous laisser mourir dans votre quotidien également. C’est mon choix de croire que vous ne m’écouterez pas. D’ailleurs écoutez-vous ? Vous entendez. Dix sur dix à chaque oreille depuis l’école élémentaire. Oui, en revoulez-vous ? Non. C’est horrible ce qui s’est passé ? Oui ça l’est. Inhumain ? Aussi. Et pourtant, vous avez obtenu le droit de tuer vous aussi. Et comme je vous laisse dans la médiocrité de vos réflexions ou absences de réflexions, en vous noyant dans votre réalité vous avez laissé venir ces évènements. Coupable ou non ? Vous n’êtes coupable que d’absentéisme. Dans les urnes ? Non, les urnes ne sont pas le quotidien. Dans nos rues ! Auprès de vos enfants. Facile de juger ? Et bien non, ça ne l’est pas. C’est même épuisant de vous pousser à la conscientisation, de vous pousser vers un éveil qui ne vient pas. Et, je peux vous le dire, je suis toute jeune quelque part. Il faut savoir se perdre pour se retrouver. Chose que j’ai su faire. Me perdre. Me retrouver. Autre affaire. Mais grand merci tout ça je l’ai fait en conscience de votre inconscience. Donc grâce à vous. En attendant, je peux affirmer que je suis loin d’être restée inactive sur ce sujet. Je vous ai observé. J’ai cherché à vous comprendre dans votre complexité. J’ai aiguisé un œil acéré, un regard critique sans accepter tout et n’importe quel comportement ou arguments de votre part. Et j’ai appris de vous, sur vous, sur moi, sur l’humain. J’en suis arrivée à une conclusion simple : qu’est ce qu’on est bien dans notre petit confort. Moi également. Il n’est toutefois qu’illusion. Bien que je sois plutôt bien lotie, il ne dure pas réellement. Je comprends que les générations précédentes s’y soient perdues quitte à nous proposer un avenir plus pourri chaque jour.

Néanmoins, nous sommes au tournant de tout cela. La non réactivité face à des évènements peut nous faire basculer. La prise de conscience collective de ce début janvier 2015 réchauffe le cœur, mon cœur. Ouf ce n’est pas perdu ! On ne va peut-être pas être obligé d’aller plus loin. C’est que j’en deviens pessimiste de vous voir faire, de croire des absurdités et de jouer la sourde oreille à chaque fois. Vous avez obtenu un droit de tuer.

Tuer les gens. Ce n’est pas le but premier de ce droit.

Tuons les idées me paraient plus pertinents à notre époque. Nous avons tout de même évolué !

Liberté, égalité, fraternité, et SOLIDARITE ne sont pas que des mots. Faut-il encore en prendre conscience, les mettre en pratique et les offrir à nos enfants.

N’attendons pas que les évènements nous poussent à réagir. C’est quotidiennement que chacun doit s’impliquer, chercher sa vérité par soi-même. Arrêtons de mettre le pouvoir dans des mains qui ne souhaitent que ce pouvoir sans se souvenir du pourquoi. Arrêtons de croire que les solutions viendront d’en haut, d’une pointe de pyramide dont les pieds ne touchent plus le socle de celle-ci depuis bien longtemps. C’est humain de ne plus savoir le pourquoi. Rappelons-nous chaque jour du but de nos gestes quotidiens, de notre volonté d’évolution ensemble et seule. N’attendons jamais que les choses s’aggravent. Ne laissons pas pourrir des situations. L’escalade de la violence n’amènera à terme qu’un plus jamais ça. On le sait alors pourquoi oublier.

Nous avons tous obtenu le droit de tuer.

*

-SOLIDARITE-TOLERANCE-AUTONOMIE-

//LIBERTE-FRATERNITE-EGALITE\\

15/01/2015

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